Les Trois Ombres

"Au cœur de la forêt d’épines et de pins, se trouvait un lac... Il était dit que quiconque y viendrait pour y murmurer un souhait serait exaucé... Ça tout le monde le savait…"

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Au cœur de la forêt d’épines et de pins, se trouvait un lac…
Il était dit que quiconque y viendrait pour y murmurer un souhait serait exaucé…

Ça tout le monde le savait…

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C’est lui qui la poussa à y aller… Ils ne pouvaient pas avoir d’enfant… alors que lui, plus que tout, désirait un héritier… C’est ainsi qu’elle parvint à l’orée des bois et que, pleine d’espoir, elle s’enfonça dans l’obscurité de la forêt pour y trouver les eaux promissoires.

Plus elle avançait, plus les arbres se refermaient sur elle, plus les racines tentaient de l’arrêter, plus la vie délaissait la sylve. Seule dans le noir désormais, elle continua de s’enfoncer inexorablement dans le ramas de branches et d’épines. Ce n’est qu’au bout d’innombrables heures, soufflant, le cœur battant, qu’elle trouva enfin son chemin et parvint aux berges du lac.
Les Trois Ombres au loin
À la surface de l’eau, semblant danser, se tenaient trois Ombres… Elles l’attendaient…
Les Trois Ombres devant le lac
Une Ombre tient une bougie
– Juste un enfant, je vous en prie, c’est tout ce que je demande… un enfant, par pitié… accordez le moi…

La première des Ombres, telle une onde, glissa vers elle, et murmura à son oreille…

– Un enfant ? Un souffle pour un souffle.. Alors c’est ton poumon que tu me donneras…

Son corps brûla, suffoqua et défaillit, la laissant tomber sur le sable noir, tandis qu’un creux béant se forgeait en son sein. De sa douleur naquit la conviction que désormais elle pourrait porter la vie…
Elle quitta la forêt pour retrouver son mari, persuadée qu’ainsi il pourrait enfin l’aimer…

Lui, ravi et avide, exulta en constatant que cela avait fonctionné et qu’un tel pouvoir dormait dans l’obscurité de la forêt. Aussi, lui intima-t-il d’y retourner, éructant :

– Tu pourrais être belle, ainsi je pourrais peut-être t’aimer.
Alors, elle replongea dans la noirceur des bois…

– Je vous en prie, vous m’avez accordé de porter la vie, mais ce n’est pas assez… accordez-moi la beauté par pitié…

La deuxième Ombre s’avança cette fois-ci et portant ses lèvres à son oreille lui dit :

– Tu veux être belle ? Alors, c’est ton esprit que tu me donneras…

Les ténèbres se refermèrent sur elle. Étions-nous le jour, la nuit ? Qui aurait pu le dire désormais ? Se souvenait-elle seulement de qui elle était ? De ce qui avait guidé son chemin jusqu’ici ? Submergée de pensées incohérentes, elle s’effondra, se retrouvant face à son reflet. Elle y plongea ses yeux et le monde cessa de tourner, ses pensées cessèrent de se disperser, et elles furent stoppées devant la parfaite beauté qui miroitait dans les ondes.
Elle se souvint alors et, portée par la folle ardeur de revoir son époux, courut le retrouver.
Une Ombre tient un livre
Il fut d’abord subjugué par la beauté nouvelle de son épouse, par ses lèvres généreuses, par ses cheveux couleur des blés, mais bien vite il comprit le prix qu’il allait payer et lui cracha :

– Tu es si belle, mais il n’y a que folie qui s’arrache de tes lèvres… comment aimer une chose telle que toi ?
Une Ombre tient un coeur
Alors elle revint, traînant, rampant, s’agrippant à la force de ses ongles au sol de la forêt… Elle supplia :

– Je… Je… Je veux son cœur… Juste son cœur… C’est tout ce que je veux… Je ne veux rien d’autre…

Ce fut, la dernière Ombre qui s’avança et perçant de sa voix son esprit, elle lui dit :

– Tu veux son cœur ? Alors c’est ce que tu auras… Mais pour ça, c’est ton propre cœur que tu me donneras…
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Aujourd’hui, il est dit que lorsque le vent se lève et souffle sur le miroir de l’eau, on peut apercevoir dans les ombres deux âmes tourmentées… suppliant qu’on leur rende leur cœur…
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Les Trois Ombres invoquent de la fumée

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